mercredi, 26 décembre 2012 03:40

Le Women Center de Rufisque au Sénégal, construite par trois jeunes architectes finlandaises

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Le Women's centre se dresse à Rufisque, une ancienne ville portuaire du Sénégal qui a dû s'étendre de façon plutôt chaotique vers le nord, dans une zone aride et pauvre en ressources, à cause de l'avancée continue de la mer.

Devenue désormais presque l'extrême banlieue de Dakar, Rufisque est une ville pleine de ferments politiques et intellectuels, surtout féminins. C'est là que sont nées les associations les plus importantes du Sénégal et où se trouve le siège de nombreuses coopératives fondées et dirigées par des femmes.

Ces associations féminines jouent un rôle très important pour le développement social du pays car elles défendent les femmes dans un contexte essentiellement machiste, en promouvant l'alphabétisation, en favorisant l'insertion de ceux qui viennent de la campagne et en préservant les traditions artisanales.

Le projet du Women's centre Jigeen yi mbooloo est né à partir d'une idée tout à fait féminine, grâce à trois jeunes architectes finlandaises (Saija Hollmén, Jenni Reuter et Helena Sandman) qui ont mis la proposition pour le centre au point dans le cadre des séminaires organisés par le département d'architecture de l'Helsinky University of Tecnology et l'ont étudié avec les femmes du lieu.

Ce projet est devenu réalité suite à la collaboration entre le Ministère des affaires étrangères finlandais, la Senegalese-Finnish Association ARC et les associations locales qui ont soutenu les frais de réalisation.

Le site, donné à l'association par la ville, est tout proche d'un wadi (le cours d'eau africain typique), généralement sec, qui coule au milieu d'un bidonville de gris édifices en ciment et tôle. Dans ce contexte, les silhouettes linéaires des volumes et la couleur rouge vif qui les entoure donnent à l'édifice une identité urbaine particulière, symbole de la volonté de rénovation de la ville.

Pour suivre la tradition de l'Afrique occidentale, la construction est enfermée à l'intérieur d'un mur d'enceinte solide et se compose d'une série de volumes qui se distinguent par leur fonction et sont regroupés autour d'une cour centrale.

L'entrée principale de l'édifice, obtenue en décalant les plans du mur d'enceinte et qui se voit de l'extérieur grâce à la présence d'une plante de baobab, donne dans la cour et fait face au grand hall principal.Une autre entrée a été placée au coin nord-ouest où il est prévu de créer une petite place publique à l'extérieur, sur laquelle donneront le restaurant et un magasin pour la vente des produits artisanaux réalisés à l'intérieur du centre.

Le côté nord est entièrement occupé par les cuisines, une à l'intérieur et une en plein air, tandis que le côté est a été destiné aux activités artisanales dont la teinturerie, où les femmes préparent les tissus spectaculaires de leurs vêtements et qui est un des espaces architecturaux les plus suggestifs du complexe.

Ici, la cadence des larges piliers rouges laisse de vastes ouvertures permettant aux gaz toxiques qui se forment durant le processus de coloration de s'échapper, tandis qu'une cour a été prévue pour laisser ensuite sécher les tissus.

Hollmén, Reuter et Sandman ont su tirer parti de la pauvreté du lieu et ont créé une architecture soutenable et peu coûteuse en utilisant des matériaux pour la plupart recyclés et qu'elles n'ont pas eu de mal à trouver sur place.

Tous les systèmes d'isolation de la chaleur ont été repris de la tradition millénaire africaine et réinventés avec une habileté contemporaine. C'est ainsi que l'édifice, construit avec des murs épais en béton armé, n'a pas beaucoup d'ouvertures mais est riche en astuces pour créer des zones d'ombre, comme les portiques, les grilles en maçonnerie et les parois pour protéger du soleil.

Le toit ventilé a été réalisé avec une couverture en tôle ondulée soutenue par une structure d'acier recyclé, les plafonds sont faits de nattes de roseaux fixées afin de laisser un espace pour permettre à l'air de circuler et donc de rafraîchir les locaux par convection.

Même le choix des matériaux reflète l'approche soutenable des architectes et leur souci de la réalité locale.

Le bois n'a par exemple été utilisé que là où il ne pouvait être remplacé par aucun autre matériau. En effet, il est considéré comme un matériau très précieux car la zone est très pauvre en végétation.

De même, le ciment utilisé pour la maçonnerie provient de la plus grosse cimenterie de l'ouest de l'Afrique, qui se trouve justement à Rufisque, et a été armé avec du fer recyclé.

La ventilation à l'intérieur des locaux est favorisée par des jantes de pneus plongées dans la maçonnerie, tandis que les fenêtres des toilettes ont été obtenues avec des fonds de bouteilles en verre.

Le résultat est une architecture poétique et éthique qui doit sa force à la simplicité et prouve qu'un certain caractère concret a été retrouvé au niveau du projet, au point d'avoir été sélectionnée par le Museum of Finnish Architecture pour représenter la Finlande à la VIIème biennale de Venise, Next.

 

Source : floornature.eu