mercredi, 26 décembre 2012 03:35

A la découverte de la première ville fantôme en Afrique : Nova Cidade de Kilamba (Angola)

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Des rangées d’immeubles offrant des centaines d'appartements colorés sans âme qui vive, des écoles sans enfants, des routes flambant neuves mais désertes.

Nova Cidade de Kilamba est une bourgade résidentielle nichée à une trentaine de kilomètres de Luanda, la capitale angolaise. Mais cette cité nouvelle, comme son nom l'indique, est une véritable ville fantôme, révélé dans un reportage de BBC News Africa:

«Destinée à accueillir au moins un demi millions de personnes, Nova Cidade de Kilamba a été construite par une entreprise publique chinoise — China International Trust and Investment Corporation, CITIC— en trois ans pour une somme estimée à 3,5 milliards de dollars (environ 2 ,8 milliards d’euros).»

Etendue sur 5.000 hectares, cette ville satellite est l’une des plus importantes construite par les Chinois en Angola, et également l’un des chantiers immobiliers les plus conséquents d’Afrique. Un projet qui fait suite à la promesse du président José Eduardo Dos Santos de construire un demi-million de logements dans le pays durant son mandat.

Voici une vidéo filmée par un journaliste de la BBC dans les rues de Nova Cidade. A part quelques ouvriers chinois, les rues sont désertes.

Sur les quelques 2.800 appartements actuellement en vente, seuls 220 ont été vendus. La raison est simple: avec un prix compris entre 120.000 et 200.000 dollars (95.000 et 160.000 euros), ces logements sont en premier lieu destinés aux classes moyennes et aisées d’Angola.

Or, ce type de projet s'avère inadapté dans un pays où deux tiers de la population vit avec moins de deux euros par jour.

Paulo Cascao, dirigeant de Delta Imobiliaria, l’agence immobilière qui s’occupe de vendre les appartements, s'est confié à la BBC :

«Le prix est correct compte tenu de la qualité des logements et en comparaison avec ce que l’on peut trouver en ville (…) Mais en Angola, il n’y a pas de classe moyenne, juste des très pauvres ou des très riches, donc il n’y a personne pour acheter ces logements.»

Une opinion partagée par Sebastio Antonio, étudiant angolais âgé de 17 ans, même s’il apprécie l’endroit à sa juste valeur.

«J’aime beaucoup cet endroit — il y a des places de parking, des endroits pour jouer au football, basketball, handball (...) C’est très calme, plus tranquille que beaucoup d’autres villes, et il n’y a pas de criminalité.»

Mais à la question de savoir s’il se verrait emménager ici avec sa famille, ses éclats de rire font office de réponse:

«Hors de question, nous ne pouvons pas nous le permettre. C’est impossible, et puis il n’y a pas de travail pour mes parents ici.»

Si Nova Cidade était à l’origine un projet destiné à faciliter l’accès au logement pour les Angolais, autant dire que c’est raté.

Pour le blog du Monde Big Browser, il s’agit en réalité d'un excès de zèle du président pour se faire réélire:

«Le gouvernement angolais promet de faciliter les emprunts-logements et de prévoir une part de logements sociaux dans le parc immobilier. Ses détracteurs estiment qu'il a surtout voulu se précipiter en vue de l'élection présidentielle, qui a lieu le 31 août.»

 

 

Source : Slate Africa / Le Figaro